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Association des diplômées et des dilpômés en théologie
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Table des matières Éditorial Nouvelle Chaire Chaire de recherche du Canada
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L'enseignement du ba à l'homme désillusionné:
Le Désillusionné et son ba, figurant au recto du Papyrus Berlin 3024, est conservé à l'Ägyptisches Museum und Papyrussammlung de Berlin. Il s'agit d'un texte sapiential égyptien, écrit en hiératique, composé vraisemblablement à l’époque du Moyen Empire, entre les règnes de Senousret III et d'Amenemhat III, i.e. dans la seconde moitié de la XII e dynastie (soit entre ±1862-1795 av. J.-C.). Depuis sa découverte en 1843, l'unique exemplaire de ce texte, mieux connu sous le vocable allemand de Lebensmüde (i.e. celui qui est fatigué de la vie), fait l'objet d'une multitude de traductions, davantage préoccupées à cerner les difficultés philologiques qu'à saisir le sens et les significations du texte. À défaut d'une herméneutique des textes littéraires et religieux, les spécialistes concluent à des interprétations qui se conçoivent uniquement dans une perspective historiciste, qu'elles soient socio-historiques ou psychanalytiques. Les traducteurs en concluent donc qu'il s'agit d'un texte composé lors d'une période mouvementée de l'histoire égyptienne, relatant le débat autobiographique entre un psychotique aux pensées suicidaires, désespéré d'un monde chaotique, mais fortement attaché aux valeurs traditionnelles, et son ba, sorte de manifestation imaginaire de lui-même, dont la philosophie reflète une pensée hédoniste. Afin de surmonter le défit du point de vue de la théorie, j 'ai donc opté pour une herméneutique de type globalisante, donc plurale, inspirée de celle de Mircea Eliade et qui privilégie différentes approches méthodologiques telles que l'approche historico-critique, la critique littéraire, l'analyse des structures du texte tant formelle, thématique que modale, et l'analyse phénoménologique... Dans cette perspective, le Lebensmüde devient une sorte de prétexte qui tient compte à la fois du contexte socio-historique dans lequel émerge cette composition avec l'analyse des caractéristiques des personnages qui évoluent à l'intérieur de la structure dialogique, ainsi que des catégories du religieux qui les articulent. Dans le Lebensmüde, il apparaît que la structure thématique du texte participe à la médiatisation d'un phénomène religieux à travers la mise en scène des deux protagonistes, et qu'elle est inspirée en quelque sorte des caractéristiques structurelles propres à la manifestation divine, i.e. à la hiérophanie. Ce texte égyptien, qui s'apparente davantage au genre fantastico-merveilleux, relate dans la plus pure tradition de la rhétorique sapientiale, la rencontre toute singulière, inhabituelle et à tendance mystique, d'un homme avec son ba, une ontophanie, i.e. une manifestation de son moi intégral. La discussion qui ne fait aucune référence directe à l'histoire événementielle, s'engage entre les deux personnages pour rendre compte des différents états d'être depuis le délire de la crise existentielle jusqu'au seuil de l'intégration de l'être. Une telle relecture du manuscrit permet de supposer que le rapport significatif et dynamique entre la structure du texte et celle de l'ontophanie, collabore à l'unité de l'œuvre. De plus, l'analyse des référents religieux par rapport aux croyances contemporaines, témoigne de l'évolution de la pensée religieuse égyptienne qui ne favorise plus l'acquisition d'un riche apparat funéraire et l'accomplissement de rites pour survivre dans l'au-delà. L'expérience numineuse dont il est question dans le Lebensmüde s'inscrit dans une tradition sapientiale qui encourage la pratique quotidienne d'une piété personnelle dont on fait valoir les répercussions sur la vie et la survie de l'être. Du point de vue de l 'étude phénoménologique, il faut savoir que dans la tradition égyptienne, ni le Lebensmüde, ni les textes égyptiens, en général, n'offrent de ces discours mystiques parlant d'extase. Ils parlent plutôt, avec discrétion, de mystères ou de choses secrètes afin de demeurer dans le cadre des valeurs pharaoniques. Une étude approfondie de la piété égyptienne exprimée dans les textes serait souhaitable, afin de reconsidérer plus adéquatement ces discours à l'intérieur de l'ensemble même du corpus sapiential, de permettre une meilleure appréhension du processus spirituel de sacralisation, et une compréhension plus précise de la perfectibilité de l'être. Le panoptisme dont il est question ici exemplifie la dynamique de l'être dans son univers puisqu'il inscrit essentiellement le récit dans une relation perfectible de l'homme au ba, du désillusionné à la Vie divine. L'auteur du texte envisage cette réalité à travers le désir de soi, du JE s'unifiant au TU pour engendrer un NOUS. Or ce ba, en pareil contexte, est difficilement réductible à la littéralité d'un personnage comme l'ont décrit Žabkar et Renaud. D'ailleurs, du point de vue de l'homo religiosus, la solution du drame intérieur vécu par l'homme du Lebensmüde repose non seulement sur le modèle-type élaboré autour des idées religieuses, des croyances, mais aussi sur des doutes de l'époque. La projection de ce récit exemplaire, de cette expérience sur la perception de la vie à travers la parole écrite, dite, et entendue, se manifeste au lecteur et à l'herméneute comme une étonnante allégorie sur l'entendement de la Vie qui devrait plutôt s'intituler: L'enseignement du ba à son être tourmenté. Certes, le processus herméneutique auquel convie la fusion des horizons entre le texte et l'interprète, ne procure que le moment d'une réalité interprétative déterminé par la limite de l'herméneute lui-même. Afin de rendre compréhensible son interprétation, l'herméneute doit mettre un terme à sa quête heuristique du monde du texte, refermer momentanément le cercle herméneutique et suspendre l'autovérification des significations. L'art de l'interprète, de l'auditoire ou du lecteur n'est pas tant d'interpréter le discours que celui d'en reconnaître les sens possibles. Le Lebensmüde lui-même encourage cette multivalence des interprétations permettant d'approcher la complexité et la profondeur d'un drame intérieur. Si j'ai interprété l'événement initial de la rencontre entre l'homme et son ba comme un événement passé, l'intention de l'auteur du texte demeure le récit d'un événement présent, actuel; la langue égyptienne possède cette capacité de transposer un même événement passé ou futur dans le présent, le Lebensmüde peut donc décrire une rencontre à venir. Finalement, le Lebensmüde est l'un des plus anciens récits égyptiens d'une expérience ontophanique ouvrant le chemin vers une praxis mystique. Il raconte un véritable débat intérieur sur la perfectibilité de l'être. Ce récit du désillusionné demeure l'un des plus fascinants témoignages d'un dialogue philosophique introspectif qui fait appel à la découverte de son moi potentiel comme but ultime du perfectionnement de la Vie. Dr Brigitte Ouellet , Présidente |
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